mercredi, novembre 15, 2006

« Extrémiste Amazigh » !! Ça me va !!! Halte à la manipulation

« Extrémiste Amazigh » !! Ça me va !!!

Halte à la manipulation

Moha Arehal

In le Monde Amazigh du Mois de Novembre 2006

Prologue

Un vendredi après midi, mon téléphone a sonné, au bout du fil : « je suis ( ……. ), Je suis journaliste de la Revue « Nichan », tu la connais, je pense ??? J’ai eu ton numéro de la part de ( ….. ) ». ‘Je t’appelle pour une interview sur le mouvement amazigh. En fait, nous préparons un dossier sur ce mouvement et nous voulons que vous contribuiez avec nous ». Partant du principe que la revue Nichane filiale de Tel Quel fera un bon usage de mes propos je n’ai pas hésité à lui répondre favorablement pour la contribution dans le dossier et pour ne pas faire la chaise vide. Alors, je lui ai demandé de me faire parvenir par émail les questions. Après une heure et demi à saisir les réponses en arabe je lui ai transmis mes commentaires/réponses par émail.

L’interview traduit de l’Arabe:

1- Comment vous voyer le Mouvement amazigh actuellement ?

En réalité, le mouvement amazigh n’est pas un tout mais il est constitué de plusieurs blocs. En fait depuis les années 80 il y’avait un seul mouvement et après la création de l’IRCAM on parlait de mouvement de la droite et mouvement de la gauche au sein même du mouvement. Il y a des militants même qui ont qualifié les cadres recrutés par l’IRCAM comme des traîtres et constituent désormais ce qu’on appelle « l’élite monarchique » ou les temhbawchistes[1]. Parler de l’état du mouvement amazigh nécessite de préciser de quel mouvement s’agit-il. Il faut savoir qu’il y’a le mouvement amazigh comme connu avant 2001, celui-ci fonctionne normalement et le nombre d’association amazigh ne cesse d’augmenter. Ce mouvement continue son combat et a pu développer de nouvelles méthodes de lutte. Il y’a aussi les potentialités amazigh qui travaillent hors des associations comme les Groupes d’Action Amazigh et le mouvement culturel amazigh dans l’université. Toutes ces composantes du mouvement amazigh travaille suivant ses propres statuts et programmes pour réaliser les mêmes objectifs. Cependant, l’IRCAM en tant qu’institution officielle, fonctionnant sur la base du Dahir qui l’a créée et qui a un rôle consultatif auprès du Roi et jamais une institution de militantisme. De ce fait, elle ne peut être comptabilisée dans le mouvement. C’est une aberration d’essayer de confondre une institution officielle avec le mouvement amazigh qui fait partie de la société civile. De manière générale, nous pouvons affirmer que le mouvement a pu sortir de l’état d’attente et d'immobilisme provoqué par la création de l’IRCAM et l’intégration et la récupération de plusieurs cadres des associations amazigh. Nous pouvons aussi affirmer que les associations ont démontré qu’elles peuvent mener leurs combats avec ou sans l’IRCAM. On peut conclure que les associations et l’IRCAM peuvent être complémentaire dans leurs travaux s’il y a une volonté des deux parties.

2- Quelle est la réaction du Makhzen par rapport aux revendications du Mouvement Amazigh

La récupération ou la tentative de récupération des acteurs du mouvement amazigh n’est pas sorti de la grande stratégie du Makhzen entreprise contre tous les mouvements revendicatifs. En effet, la stratégie a commencé par la déclaration gouvernementale prononcée lors de l’investiture du gouvernement d’alternance mené par EL Youssoufi qui s’est engagé à « réanimer » l’amazighité et a continué par la charte de l’éducation qui a proposé l’utilisation de la langue amazigh pour l’apprentissage de la langue arabe en vue d’une arabisation ou « arabétisation » de tous les Marocains. Ces opérations n’ont pas plu au mouvement qui a entrepris de nouvelles formes de lutte, principalement par l’organisation des manifestations sur la voie publique, considérées comme le seul moyen pour faire valoir les droits des imazighen sur leur terre. Cette nouvelle stratégie était le fruit des idées et de l’organisation du mouvement en particulier les Groupes d’Action Amazigh qui à travers ces sorties a su dépasser les méthodes bureaucratiques de l’action associative pour initier une nouvelle action sociétale.

3- Que pensez-vous de qui qualifie vos revendications d’extrémisme ?

Partant de ma propre lecture à l’histoire commune de tous les Marocains sur ce territoire dit « Maroc », en aucun cas, on peut taxer les revendications amazigh d’extrémisme. Toutes les revendications des amazigh au Maroc puise leur légitimité dans les chartes et pactes mondiaux relatifs aux droits humains et jamais basées sur autre chose. Moi, je ne comprends pas comment on me traite d’extrémiste quand je refuse de parler une langue qui n’est pas la mienne mais qui m’a été imposée et je lui préfère ma langue maternelle ? Comment je peux être extrémiste si je déclare que je solidarise avec tous les humains et pas seulement les Palestiniens et les Irakiens ? Est-ce que je suis extrémiste quand je demande à ce que les amazigh, leur langue, leur culture et leur civilisation soient reconnu par l’Etat de leur pays ? Serai-je extrémiste si je revendique une séparation complète entre la politique et la religion ? Se sont des exemples de revendications amazigh et qui sont très logique et légitime par rapport à toute l’armada de textes relatifs aux droits humains signés et adoptés par le Maroc. A vrai dire, ceux qui taxent ces revendications d’extrémisme ne sont que des extrémistes. Moi, je refuse, comme tous les amazigh et tous les Marocains qui aiment ce pays, d’être un esclave des idées et des causes perdues venues de Moyen Orient pour me reconnaître mon militantisme ou même ma citoyenneté. Je refuse la politique sur le dos de la Palestine et de l’Irak. Je refuse d’être musulman ou arabe par la force et la pression. Si cela est l’extrémisme, alors je suis extrémiste et ça me va pour la simple raison que je suis Marocain, Amazigh et je ne veux pax être autre chose.

4- Que pensez-vous de la laïcité ?

C’est la seule solution si nous voulons vraiment bâtir un Etat démocratique. Je ne pense pas que nous pouvons arriver à réaliser l’objectif d’un Etat de droit, alors qu’il y a quelqu’un qui nous oblige à appliquer des concepts archéologiques de plus de 1.000 ans en matière de politique, d’économie ou de société. Je crois que la religion n’est pas faite pour gérer les relations entre les personnes. Les imazighen musulmans (Sunnites, Kharidjites ou disciples de zaouïas) n’ont jamais donné de rôle ou Fkih (religieux du village) dans la gestion de leurs affaires quotidiennes. Pour éviter tout amalgame ou confusion ou conflit d’intérêt le Fkih ou Taleb selon les régions ne faisait jamais partie du village ou il exerce son métier.

5- l’Islam

L’Islam, comme toute religion, s’il veut subsister doit s’adapter avec les nouvelles règles et normes de la modernité imposées par le développement actuel de l’humanité. Donc, cette religion nécessite, comme les autres religions, une relecture qui prend en considération toutes les nouveautés du monde actuel. Si les anciens ont pu se passer du texte, je ne voie pas pourquoi les présents ne peuvent pas relire les textes religieux et leurs redonné des significations en cohésion avec les nouvelles donnes de la vie au 21ème siècle. Ce n’est pas avec les lectures de Ibn Timiya et ses adeptes que l’Islam peut cohabiter avec les technologies pointues et le clonage par exemple.

6- La langue Arabe

Ici aussi, un énorme amalgame est observé chez les ennemis et les ignorants de tamazight entre le Marocain (dialecte marocain) et l’Arabe classique, les imazighen ne considère pas le Marocain comme de l’Arabe pour une simple raison que personne ne peut comprendre le marocain en dehors de son environnement géographique. Quant à l’Arabe classique, c’est une langue morte et personne au monde ne l’utilise actuellement même dans son propre aire géographique. L’utilisation de cette langue est réservée strictement dans les médias panarabistes et dans les écoles qui enfantent des chômeurs et des terroristes. En répondant à tes questions, j’avais grand mal à trouver un terme correspondant à un mot ou à une expression marocaine ou amazigh. La substitution de cette langue par le Marocain et le Tamazight, dans les écoles et les médias est la solution idoine pour que notre pays sorte du club des pays sous développés.

7- Le fédéralisme comme proposition amazigh

Ce système est, désormais, celui qui a donné le meilleur des résultats. Tous les pays développés et démocratiques ont adopté ce système. Il permet de rapprocher l’administration et des centres de décision du citoyen et aussi une répartition équitable des richesses entre toute la population du pays. Le système fédéral est le plus indiqué pour un pays riche de ses atouts culturels et économiques comme le Maroc. Il est le seul, capable de donner un nouveau dynamisme au citoyen marocain pour participer activement dans les affaires publiques à travers des institutions locales, régionale et nationale issues de scrutins transparents et démocratiques. L’exemple de l’Espagne est très éloquent dans ce cas.

8- Comment les amazigh peuvent réaliser leurs revendications ?

Avec de la patience et le militantisme. Les Amazigh et durant 40 ans de l’indépendance, ont développé des instruments de travail et de militantisme en vue d’aboutir à la réalisation de leur, revendications. Le principal instrument se base sur l’action civile pacifique. Il s’est avéré que cette méthode est la plus efficace. Cependant, elle nécessite plus de coordination et de la coopération entre les acteurs du mouvement amazigh pour faire face aux ennemis de la cause amazigh qui se sont vendu au Moyen Orient et au terrorisme.

Les revendications amazigh sont les mieux indiqués pour le développement de la démocratie au Maroc. Les démocrates de tout genre sont appelés à soutenir la réalisation de ces revendications qui sont le seul garant de la spécificité marocaine, nécessaire pour l’édification d’un autre Maroc. Cette fois-ci pour tous les Marocains.

Epilogue

Ci dessus, nous avons essayé de traduire fidèlement l’interview que j’ai donnée au journaliste de Nichane. C’est à nos lecteurs de faire eux aussi leur analyse sur ces propos et les comparer aux conclusions hâtives et orientées du journaliste de Nichane.

Cependant, j’ai été très choqué de l’utilisation mal saine de mes propos pour me taxer et taxer tous les militants amazigh d’extrémisme. Si je crois à la liberté de la presse et de l’expression, je n’arrive pas à assimiler la manipulation mal saine faite par le journaliste de mes propos. Ce que je regrette le plus, c’est tout le temps que j’ai perdu pour répondre à des questions d'un journaliste qui les utilisera à mon issu.

A Bon entendeur



[1] Du caméléon

1 commentaire:

Fatima Alahyan a dit…

C' est la liberté d' expression voyons ! Ils sont libres de dire ce qu' ils veulent quitte à désinformer les lecteurs pour manipuler l' opinion publique !

A force de chercher la petite bête, on la trouve ....